Raphaël – Roger : tendre guerre

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De tous les produits de la télévision, c’est le tennis qui tient la plus belle «story» de guerre, sans effusion de sang. Il y a eu la version sur herbe en juillet, qui s’est terminée dans la pénombre de la nuit tombante. Access prime time. La version hivernale, sur l’antipode australien, qui lui est en été, est aussi «scotchante». Elle finit de la même manière aussi. Pour ne pas désorienter le public. 4h28 mn d’attente. Et un suspense qui ne retombe même pas dans les derniers jeux du dernier set. Comme si les deux gladiateurs de la balle jaune avaient signé sur leur contrat l’obligation de ne jamais renoncer. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. A ce jeu, le tennis tiens son numéro un des coursives et des chaînes en fer. Le galérien au bandana. Raphaël Nadal ne meurt presque jamais à la fin. Si le combat dure dans le temps. Il a enlevé, à 22 ans et demi, son premier open d’Australie, en bataillant durant 10 sets d’affilée. 5 le vendredi et 5 autres le dimanche. 9h 37 mn sur le cours Rod Laver. Dont 5h 18 mn pour arracher le scalp d’un compatriote : le fougueux Verdasco qui, l’éternité durant, a refusé de perdre. Le tennis a cette chance cosmique de mettre à la vitrine de son offre de spectacle, des finales de grand chelem Nadal-Federer. Qui étaient des Federer-Nadal jusqu’à Wimbledon 2008. Une affiche titanesque qu’aucune autre discipline, depuis la boxe des années Ali, ne peut plus proposer. La finale de Melbourne a privé d’air les suiveurs. Avantage Nadal, puis égalité, puis avantage Nadal au tie-break, puis encore égalité. Et des balles de break qui ressemblent à chaque fois à des balles de match. Et toujours cette opposition de style. Les points gagnants du puriste, la défense acharnée du galérien à la raquette de laser. Le danger serait que l’issue ne fasse plus jamais de doute. C’est peut-être cette idée qui, au plus profond de la détresse d’une fin de match presque injuste, a fait éclater le grand Roger Federer en sanglots. L’idée que quoi qu’il fasse, il ne puisse battre à nouveau un jour, dans un match de grand chelem, le majorquin aux sept vies. Federer doit gagner un 14e grand Chelem pour rejoindre l’immense Pete Sampras. Nadal le laissera-t-il faire ? Il en est lui-même déjà à son 6e. La suite sur toutes les chaînes de guerre soft de la planète.