Pendant que les dirigeants réfléchissent au calendrier pour terminer la saison : Les vrais risques encourus par les joueurs à la reprise des championnats

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Pendant que les dirigeants réfléchissent au calendrier pour terminer la saison, les joueurs maintiennent tant bien que mal un semblant de condition physique mais savent qu’il sera compliqué d’enchaîner de nouveau sans risque.

Vous l’avez constaté, le plan est simple : il faut terminer la saison. C’est l’objectif déclaré de tous les dirigeants des championnats nationaux à travers l’Europe. Les enjeux financiers sont bien trop importants pour que l’issue du championnat soit galvaudée. Dès lors, le scénario d’une reprise se dessine, avec une saison étendue jusqu’au mois de juillet. C’est ce que pense par exemple Noël Le Graët en France. Mais il y a un élément qui n’est pas vraiment pris en compte dans la réflexion : les répercussions d’une reprise, la plus rapide possible évidemment, sur la santé physique des joueurs. Pendant que les dirigeants multiplient les réunions pour établir les bases d’un calendrier de reprise, à plusieurs dates différentes selon l’évolution de la crise sanitaire, les joueurs maintiennent un semblant de niveau physique, en respectant les programmes concoctés par leurs préparateurs physiques mais forcément limités en raison du confinement.

Plusieurs nous l’ont raconté il y a quelques jours, relatant notamment la difficulté de garder un niveau physique digne d’un joueur professionnel. L’un d’entre eux nous confiait aussi ses doutes quant à ses capacités de reprendre le championnat et de le terminer sur un rythme élevé de rencontres, avec un risque accru de blessure. Raymond Verheijen, préparateur physique passé par l’équipe nationale du Pays de Galles, abonde dans ce sens dans les colonnes du Sun« Mon message serait de ne redémarrer qu’avec une bonne préparation. Sinon, vous allez parier sur le niveau physique des joueurs et jouer à la roulette russe avec la santé des joueurs. L’intersaison est normalement de 4 semaines et la pré-saison dure de 4 à 6 semaines pour que les joueurs retrouvent leur forme physique. Mais dans le cas présent, l’inactivité aura duré plus longtemps, entre 7 et 8 semaines, et le niveau de forme sera plus bas qu’au retour des vacances. Pour moi, les joueurs auraient besoin de 4 ou 5 semaines d’entraînement, plus des matches amicaux. Sinon, il y aura un pic de blessures. »

Le premier problème est donc la période d’inactivité, dont on ne sait pas encore exactement la durée. Faire des exercices de musculation, du gainage, du vélo d’appartement ou des footings n’est pas suffisant et est loin de correspondre à l’intensité des entraînements. Le deuxième problème est l’assiduité des joueurs à cet entretien physique de base. Parviendront-ils tous à conserver leur sérieux et leur professionnalisme sans l’encadrement habituel. Gady Buissereth, préparateur physique d’athlètes sponsorisés par Nike, met le doigt sur cette problématique. « Ce qui est sûr, ce que les joueurs reviendront avec des conditions physiques différentes. Il y aura ceux qui auront été sérieux dans leur préparation physique pendant le confinement et les autres, qui n’auront pas fait leur programme et qui ont pris un rythme de sédentaire pendant cette période. Le pire est à craindre pour les joueurs de foot adeptes de la chicha et qui n’auront pas respecté leur programme d’entretien. De plus, les joueurs sont de base très différents génétiquement parlant donc certains pourront retrouver rapidement leur niveau de forme quand d’autres mettront plus de temps »

Des blessures inévitables

Troisième problème, lorsque la compétition reprendra, on sera bien loin du rythme habituel du mois d’août, quand les championnats débute avec un match par semaine. Là, ce sera intensif pour rattraper le retard et achever les compétitions. Un médecin d’un club de Premier League confie auDaily Mail« Il y aura sans aucun doute une augmentation des blessures. (…) Les joueurs les plus robustes seront en mesure de faire face, mais certains joueurs mettent plus de temps à se remettre des matches que d’autres. Ceux qui ont des antécédents de blessures ou ceux qui sont récemment revenus de blessures seront menacés. »Les joueurs interrogés par nos soins ces derniers jours sont, pour certains, très circonspects quant à une reprise des matches et à leur capacité à enchaîner autant de rencontres en si peu de temps. Il suffit de se rappeler du plan de Javier Tebas pour terminer les compétitions pour se rendre compte du terrible rythme qui pourrait être imposé aux joueurs, et aux risques de blessure que cela génère.

Gady Buissereth nous détaille quel type de blessures pourrait intervenir. « On peut assister à une cascade de blessures musculaires aux ischio-jambiers et aux adducteurs type contracture voire déchirure musculaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que les joueurs auront perdu le rythme particulier d’un match de haut niveau. Courir sur un tapis de course ou faire du vélo d’appartement n’a rien à voir avec les changements de vitesse et de direction soudain pendant un match de foot. Courir de façon linéaire sur un tapis permet de consolider l’endurance fondamentale mais elle ne prépare pas aux courses à haute intensité et aux décélérations que l’on effectue plusieurs fois sur le terrain. Les joueurs devront être très vigilants et ça ne pourrait ne pas suffire pour éviter les blessures ». Entre le flou entourant les joueurs en fin de contrat, le fait probable qu’ils enchaîneront la fin de la saison actuelle et le début de la prochaine et le risque important de blessures, les footballeurs professionnels ont toutes les raisons de redouter le retour à la normale !