JEUX OLYMPIQUES / JO de Tokyo en 2021 ? : Les contraintes et les conséquences d’un report

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Si le report des Jeux olympiques d’été de Tokyo- 2020 paraît acté, le CIO et le Japon se donnent encore quatre semaines pour trouver une date de repli.

Fini de jouer au « ni oui ni non, ni report », le Comité international olympique (CIO) a lâché, dimanche 22 mars, le mot tabou. Mis sous pression par un vaste mouvement allant des sportifs aux fédérations nationales ou mêmes de certains Comités nationaux olympiques (comme en Espagne), le CIO privilégie désormais un report des Jeux olympiques d’été prévus du 24 juillet au 9 août et paralympiques (du 25 août au 6 septembre).

« Le report pourrait devenir inévitable », a aussi admis le premier ministre japonais, Shinzo Abe, pourtant arc-bouté jusqu’à ces derniers jours sur la tenue des Jeux aux dates prévues et cela malgré la progression du coronavirus partout dans le monde.

Si le CIO se donne quatre semaines pour statuer et annoncer « accélérer la planification de scénarios pour les Jeux de Tokyo », le bureau exécutif de l’instance a entériné l’idée d’un report. En s’accordant ce délai, l’organisation olympique cherche à se donner du temps pour trancher entre les deux moins mauvaises solutions restantes : un report à l’automne ou à l’été 2021.

  • Principe de quadriennalité

Alors à choisir entre ces deux plans B, le CIO considérerait d’abord l’option automnale. Après tout, le sport a déjà connu des Jeux en octobre, comme ceux de Sydney en 2000 ou ceux de… Tokyo, organisés en 1964. Les conditions météo sont même plus clémentes (chaleur et taux d’humidité moins élevés), mais contrebalancées par le risque de typhons. La dernière Coupe du monde de rugby est là pour le rappeler.

Cette solution permet d’abord de respecter le principe de quadriennalité cher à Lausanne. « Si on peut garantir des conditions équitables et sûres pour les athlètes et les spectateurs, c’est la meilleure des solutions », plaide Pierre-Olivier Beckers, membre du CIO, interrogé par L’Equipe.

Le président de la commission de coordination de Paris 2024 estime que cela permettrait de « maintenir le niveau de préparation, de motivation de chacun ». Un décalage d’un an présente davantage de conséquences pour des athlètes, qui préparent cet événement depuis quatre ans, et obligerait certains à prolonger leur carrière d’un an pour ne pas voir leur rêve olympique s’envoler.

Mais cette option automnale risque de rappeler que l’importance des Jeux varie selon les sports et leurs intérêts. Pour les sports dits « olympiques » (comme le judo, l’escrime ou la gymnastique, par exemple), les JO constituent une vitrine unique et leur calendrier s’organise et s’adapte autour d’eux. Ce décalage serait moins indolore aussi pour les deux mastodontes olympiques que sont l’athlétisme et la natation, dont les championnats du monde sont prévus en août 2021.

Alors que leurs compétitions sont suspendues, des sports comme le tennis, le football, le cyclisme sur route s’adapteront-ils au nouveau calendrier ? Roland-Garros n’a pas attendu le CIO pour prendre ses quartiers d’automne (du 20 septembre au 4 octobre), le cyclisme espère bien y caler ses classiques du printemps et les footballeurs n’auront plus la tête et les pieds à Tokyo entre leurs championnats nationaux et la Coupe d’Europe.

Le tournoi de basket risque, lui, de souffrir de l’absence des joueurs retenus par la NBA et les Etats-Unis d’envoyer une équipe d’universitaires comme à l’époque où le CIO ne tolérait pas les sportifs professionnels.

Le vrai problème d’un report à octobre n’est toutefois pas l’absence possible de certaines stars, mais bien le risque sanitaire. Le Covid-19 continue d’imposer son calendrier et rien n’indique que la planète aura tourné la page d’ici à cet automne. Avec ses 3 millions de spectateurs attendus et ses délégations venues de 205 pays, les JO présentent une concentration de population unique et à risques.

  • « Appel d’urgence »

Face à cette incertitude, certains plaident dès aujourd’hui pour un report d’un an aux dates prévues en 2020. Le Comité olympique canadien (COC) a été le premier à s’exprimer dans ce sens, dimanche soir, dans un communiqué. « LE COC lance un appel d’urgence au CIO, au Comité international olympique et à l’Organisation mondiale de la santé de reporter les jeux d’un an. »

Cette position est partagée par ses homologues australiens et polonais. Par le passé, le CIO a bien fait une entorse à son principe de quadriennalité en avançant de deux ans les Jeux de Lillehammer (en 1994) pour permettre que l’édition hivernale ne soit plus organisée la même année que les Jeux d’été.

Au niveau sanitaire, le report d’un an apparaît comme l’option la plus raisonnable. Reste alors à aménager le calendrier sportif. World Athletics (la fédération internationale d’athlétisme) a déjà annoncé qu’elle était prête à décaler ses championnats du monde organisés à Eugene aux Etats-Unis et prévus du 6 au 15 août. Les autres fédérations organisant des mondiaux ou des compétitions continentales devraient aussi aligner leur calendrier en fonction de l’intérêt olympique.

En dehors du bouleversement provoqué dans la vie des athlètes, ce décalage se heurte aussi à la question du village olympique. A l’issue des Jeux, celui-ci doit être transformé en habitat privé pour 11 000 personnes. Le comité d’organisation serait alors obligé de geler l’attribution de ses 23 immeubles. Le gouvernement volerait-il alors au secours de ses propriétaires mécontents en les dédommageant ? Il n’aurait sans doute pas le choix. Car s’il existe bien un mot tabou, aussi bien à Lausanne qu’à Toyko, c’est bien celui d’annulation. « L’annulation n’est pas parmi les possibilités », a insisté Shinzo Abe. Le dirigeant en fait une question d’honneur et d’image pour son pays. Sans oublier l’aspect économique, bien sûr. Une étude de l’agence SMBC Nikko Securities, publiée par Kyodo News, estime qu’une annulation provoquerait une baisse du produit intérieur brut japonais de 1,4 %. Automne 2020 ou été 2021, les sportifs, eux, aimeraient juste être fixés le plus tôt possible. Après tout, des Jeux olympiques, ça ne tombe que tous les quatre ou cinq ans.