GYMNASTIQUE : Un sport accessible à tous , Le parkour peut-il tracer sa route olympique?

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GYMNASTIQUE

Un sport accessible à tous

Le parkour peut-il tracer sa route olympique?

 

Ce week-end la Chine organise, à Chengdu, la première Coupe du monde de parkour de l’histoire, sous l’égide de la Fédération internationale de gymnastique (FIG).

 

Le parkour —et ses dérivés, comme le free-running et l’Art du déplacement— est à la fois un sport et un art de vivre, consistant à se mouvoir avec agilité et souplesse dans un décor, qu’il soit urbain ou plus naturel.

Les traceurs, comme ils s’appellent dans cette communauté, ont creusé leur sillon depuis 1997 et continuent de se jouer d’obstacles qui n’ont pas été placés là spécifiquement pour les gêner. Ces adeptes font simplement corps avec les éléments placés sur leur trajectoire: un escalier, un mur, une rampe, un banc… qu’ils «effacent» selon des mouvements choisis par eux et dans un style qui leur est propre.²

Voilà quelques jours, Le Journal du Dimanche a présenté l’un des nouveaux maîtres du parkour, Simon Nogueira, qui vit de cette profession à travers diverses performances terriblement spectaculaires sur des toits d’immeubles, et au gré de sa puissante popularité sur les réseaux sociaux, qui lui permet de dégager des revenus. Il est aussi membre de la French Freerun Family, une association qui propose une initiation au parkour en plein Paris.

Car le parkour, au-delà de ses représentations les plus étourdissantes ou casse-cou, relayées par un flux d’images frappant l’imagination, est d’abord un sport accessible à tous. Il est d’ailleurs de plus en plus apprécié des collectivités locales en raison des possibilités qu’il déclenche en termes d’animation sportive.

 

Un lointain avenir olympique

 

Le parkour sera-t-il un jour un sport olympique? Saugrenue hier et peut-être encore aujourd’hui, la question a pris du sens depuis que la Fédération internationale de gymnastique s’est donc ouverte à l’idée d’intégrer cette discipline en son sein. Avec des perspectives ambitieuses et notamment une éventuelle présence aux Jeux olympiques. Une première tentative pour l’inscrire au programme des Jeux de Tokyo en 2020 a échoué en juin dernier.

 

«La FIG est emballée à l'idée de développer une nouvelle discipline qui repose sur une pratique sportive à la fois historique et contemporaine, afin d'élargir encore plus l'attractivité de notre sport, a ainsi souligné Morinari Watanabe, le nouveau président de la Fédération internationale de gymnastique. Le travail de la FIG se basera sur l'idée très claire que le parcours d'obstacles, ou compétition de courses d'obstacles, est artificiel. En attendant, la FIG respecte le développement du parkour comme méthode d'entraînement non-compétitive, reposant sur des obstacles qui n'ont pas été prévus pour cela à la base, et sur une philosophie particulière qui met l'accent sur l'efficacité, l'utilité et le développement personnel.»

Michel Boutard, représentant de la France au sein de la FIG, admet qu'au même titre que le basket avec le 3x3 —déjà adoubé par le Comité international olympique (CIO)—, «la gymnastique pourrait gagner à s’ouvrir à d’autres pratiques, plus urbaines, en dehors des disciplines actuelles». Mais sans aller plus vite que la musique.

«Les Jeux olympiques sont un objectif qui n’est pas irréaliste, mais qui demeure peut-être encore lointain, complète-t-il. Il y aura déjà les premiers championnats du monde de parkour en 2020 sous le patronage de la FIG pour franchir un pas décisif.»

 

Des résistances parmi les pratiquants

 

Mais pour le parkour, la bataille est rude. Au niveau international, le débat a pris une tournure polémique et politique parmi les pratiquants du parkour. À leurs yeux, leur sport reste d’abord un hymne à la liberté, loin des normes et des règlements des compétitions.

Le Britannique Mark Cooper, qui travaille avec Charles Perrière —l’un des compagnons de route de David Belle— pour faire progresser la cause du parkour à la FIG, reconnaît cette réalité d’une opposition:

«C’est sûr qu’il existe des tensions et des résistances au sein du mouvement du parkour en général, sourit-il. Notamment en Grande-Bretagne où la communauté est partagée, mais ailleurs aussi. Toutefois, il n’est pas question de dénaturer l’esprit de ses créateurs qui militent pour cette reconnaissance.»

 

Présent à Chengdu, comme Mark Cooper, Charles Perrière précise de son côté:

«Ces questions de compétition ne représentent qu'un des chantiers sur lesquels nous œuvrons. La semaine dernière, au Bénin, j'ai vu le bien que peut procurer le parkour, qui va bien au-delà du modèle des académies privées qui s'est instauré en occident. Ayant fait le tour de la situation depuis de nombreuses années, la solution FIG représente toujours la meilleure voie vers une reconnaissance institutionnelle, pour un parkour populaire et inclusif.»

 

Néanmoins, une part de la communauté rejette vivement cette annexion supposée par la FIG. L’été dernier, diverses organisations à travers le monde se sont sèchement positionnées «contre». Des pétitions, virulentes, ont également circulé; celle intitulée «Contre l'appropriation du Parkour par la Fédération Internationale de Gymnastique» recueille près de 1.200 signatures.

 

Un mouvement vers la reconnaissance

 

Le mouvement vers une reconnaissance olympique est toutefois enclenché; il n’est pas impossible qu’il aille jusqu’à son terme, à l’image du snowboard et du BMX, rentrés dans le rang de la «respectabilité» olympique.

Au printemps dernier, avant Chengdu, lors du Festival International des Sports Extrêmes (FISE) de Montpellier, le parkour avait fait une autre incursion remarquée dans le domaine des compétitions, avec deux épreuves —l’une en sprint, l’autre en «freestyle»— préfigurant ce que pourrait être ce sport aux JO.

Les Jeux olympiques de la jeunesse de Lillehammer en 2016 ont permis à ses promoteurs de présenter le parkour à la «famille» du CIO. Plus que quelques obstacles à contourner et la voie royale vers l’Olympe sera alors dégagée? Ils ne seront pas, à coup sûr, les plus évidents à aborder…