BOXE : Le siège du COJM 2021 à Oran baptisé en son nom

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Bachir Cerra Cheraka, la terreur des rings (1928-2007)

Le siège du COJM 2021 à Oran baptisé en son nom

Lors  de l’inauguration du siège régional et de l’installation du Comité d’organisation des jeux méditerranéens (COJM) de 2021, d’aucuns auraient remarqué que la bâtisse a été baptisé du nom  du regretté Bachir Cerra Cheraka, un ancien boxeur surnommé à son époque la terreur des rings et moudjahid de la première heure.

 

Par Sadek Belkheïr

 

Au moment de l’inauguration, nombre de présents, essentiellement parmi les jeunes, se demandaient qui était vraiment Bachir Cherra Cherraka et pourquoi a-t-il été choisi parmi tant de noms illustres dans le domaine sportif. Plusieurs noms avaient en effet été proposés et c’est celui de Cheraka qui a fait l’unanimité, parce qu’il répondait à des critères bien définis.

 

Activiste militant tout d’abord

 

L’activité militante de Hadj Bachir Cherra Cheraka date du début de l’année 1943, âgé alors tout juste de 15 ans, quand il intègre les scouts musulmans algériens sous la direction du chahid Ahmed Zabana. C’est à cette époque-là que la personnalité citoyenne du futur champion de boxe s’est modelée. Arrêté et emprisonné pendant trois ans, ce n’est que grâce à la providence et à son statut d’ancien champion de boxe qu’il échappe à la peine de mort.

Après l’indépendance du pays, lui qui était issu d’une grande famille sportive, met son immense talent et sa riche expérience au service du sport national. Hadj Bachir Cherraka prendra les rênes de la Ligue Oranaise de boxe pour plusieurs mandats et dirigera, en qualité d'entraîneur et consultant, la plus grande pépinière de pugilistes qui fournira à la boxe algérienne de grands champions. Il a formé en effet de nombreux boxeurs lui qui avait résidé au Palais des sports d’Oran pendant un bon bout de temps, dans un  désintéressement total malgré des offres alléchantes qui lui avaient été faites. On notera aussi que cet ancien boxeur professionnel fut le  fondateur de la section de boxe du SCM Oran, un club qu’il portait dans son cœur.

 

Sa carrière sportive

 

Durant la période coloniale, il a remporté plusieurs victoires dans des combats livrés en tant qu’amateur puis professionnel. Au summum de sa carrière, il s‘est imposé devant des pugilistes de réputation lors de rencontres qui se sont déroulées, à l'époque, au Madison Square Garden de New York, à Paris, Sidney, Rotterdam, dans les pays scandinaves et, surtout, à Londres durant les Jeux olympiques de 1948.

Le regretté Bachir Cerra Cheraka fait partie de cette race de sportifs dont le parcours, tant sur un ring que dans la vie de tous les jours, est des plus élogieux. Il fut tout simplement un authentique champion dans le milieu impitoyable de la boxe d’alors, surtout en étant musulman, mais il a dû batailler pour se frayer un chemin et arriver au mythique temple newyorkais du Madison Square Garden.  Il fut auréolé de plusieurs titres dont celui de champion d’Afrique du Nord des poids moyens et avait côtoyé de nombreux compatriotes, boxeurs et amis de l’époque. On citera les Houari Godih, Abdelkader Bessol dit «Dadi», Hocine Khalfi et bien d’autres encore, tous d’authentiques champions de boxe. Il fut opposé à de grands champions redoutés de l’époque, entre autres les Français Robert Guivarch, Serge Van Zandt et Roger Gade, le Danois Chris Christensen et l’intraitable Néerlandais Fritz Van Kempen. Il a gagné 29 combats professionnels dont 6 par KO, et plus d’une centaine d’autres chez les amateurs. A l’appel du devoir par le FLN, la terreur des rings a dû mettre un arrêt à sa fulgurante ascension, qui l’aurait certainement mené droit vers le titre mondial, alors qu’il avait tout juste 27 ans.

 

Un palmarès inégalé de redoutable puncheur

 

Hadj Bachir Cerra Cheraka détient un palmarès élogieux, avec plus de 250 combats amateurs et professionnels, totalisant 175 victoires et une vingtaine de nuls. Sa carrière sportive fut explosive, lui qui avait remporté plusieurs titres dont celui de Champion d'Afrique du Nord et de vice-champion de France. Il était décrit comme un redoutable boxeur qui ne sait pas reculer devant l’adversaire.

Cette figure emblématique du sport algérien, née le 2 février 1928 à Oran, débute sa carrière dans les années 41-42 avec ses cousins, les regrettés Abdelkader Toua et Bachir Hadj Rahou, à la salle Magenta, sous la direction de feu Bob Lakla, avant de rejoindre le Central Sporting Club Oranais où il s'entraîne avec l'Espagnol Tandero.

Après 1962, Bachir Cherraka se consacre à son magasin d'articles de sport où il recevait ses amis, avec qui il évoquait toujours la  discipline dont il ne supportait pas la régression et la gestion confiée à des personnes qui n'avaient rien à voir avec le noble art.

Surpris par la maladie, Hadj Bachir Cherraka rend l'âme au mois d'octobre 2007,  à l’âge de 79 ans. Une foule immense a accompagné sa dépouille jusqu'à sa dernière demeure. Ils étaient tous là, venus de tous les coins du pays lui rendre un dernier hommage.

 

 

Impressions …    Impressions … Impressions …

 

Mohamed Ziane (84 ans), ancien boxeur :

«Il était un modèle pour tous les jeunes de l’époque, par sa droiture, son amour de la boxe et le pays. Il avait un punch redoutable et ne reculait devant aucun adversaire. Tous  les jeunes pugilistes de son époque lui demandaient conseil. J’ai eu l’occasion de côtoyer ce grand homme plein de bonté, serviable et surtout qui a lutté pour le bien du noble art».

 

Anane Hamou (80 ans), ancien boxeur :

«C’était un champion au service des jeunes boxeurs en son époque. Il leur   prodiguait de précieux conseils lors de leurs combats. Il a d’ailleurs formé plusieurs pugilistes de talent, qui ont devenus par la suite des champions. Aussi, il n’aimait pas le bricolage et était écouté de tous en raison de son sérieux et du respect qu’on lui vouait. Après l’indépendance, il avait contribué au renouveau du noble art dans notre pays».

Sadek B.